Je crois que certaines rencontres et discussions avec des jeunes et des adultes qui bégaient m’ont autant apporté que j’ai pu leur apporter comme orthophoniste. Leur dépassement de soi et leur courage de relever des défis quotidiennement m’ont parfois inspiré à pousser mes propres limites. 

Même pour une personne qui ne bégaie pas, l’expérience des exposés oraux ou de rencontrer de nouvelles personnes peut être anxiogène. Personnellement, ça m’a pris jusqu’à l’âge adulte avant d’être réellement à l’aise, voire heureuse, dans ce genre de situations. La vie est ironique : Quand j’ai commencé à travailler auprès d’enfants qui bégaient en centre de réadaptation, une pièce de théâtre avait été montée avec les jeunes volontaires âgés d’environ 6 à 12 ans. Le premier rôle a dû s’absenter quelques jours avant la pièce, ne laissant pas assez de temps pour qu’un enfant apprenne tous les dialogues. Les enfants avaient pratiqué, et leur famille avait hâte de les entendre. Ils relevaient un grand défi. J’ai accepté de jouer le personnage principal, presque la moitié du temps à genoux, devant un amphithéâtre rempli. J’étais tellement fière des enfants avec moi sur scène. À titre comparatif, à leur âge, j’avais le rôle d’un moulin dans une pièce de théâtre au primaire (oui, oui, un moulin gêné qui souffle). Je les ai trouvés inspirants, autant pour les personnes qui bégaient que celles qui ne bégaient pas, à relever des défis. J’étais réellement heureuse de pouvoir contribuer à ce qu’ils se sentent bien en communiquant et qu’ils gardent cette expérience en souvenir comme une victoire.  

En conclusion, que ce soit en raison du bégaiement, de l’anxiété ou de toute autre problématique, il n’y a pas d’âge pour sortir de sa zone de confort. On se sent tellement fier et grandi, et quand on peut redonner après, c’est magique.  

Stéphanie, orthophoniste 

“Maître Y, Y, Y, Ysssssabelle, Tru, Tru, Trudeau pour M. ou Mme XYZ”. Eh oui, je suis Me Ysabelle Trudeau, avocate et bègue. Je pratique à mon compte et je fais du litige, c’est-à-dire que je plaide à la Cour régulièrement, comparativement à environ à 90 % des avocats qui ne mettent pas un pied au Tribunal. Du 10 % restant, il y a moi : femme, entrepreneure, courageuse et qui a du cœur au ventre pour défendre la veuve et l’orphelin! Ce n’est pas facile d’avoir de la difficulté à s’exprimer en contexte de travail, surtout lorsque mon principal outil est la parole. Mes plaidoiries ne sont pas toujours fluides, mais elles sont cohérentes et bien fondées en faits et en droit. Mes clients apprécient mon empathie et ma compréhension envers leurs difficultés. Certains juges savent que je bégaie et d’autres non. Si je suis à l’aise, je contrôle mieux ma parole. Les juges, le personnel clérical, les témoins et surtout, mes clients, sont habituellement bienveillants, patients et m’apprécient. Bref, suivre ses rêves, ne pas abandonner et parfois se battre pour ses droits, car le bégaiement est reconnu comme un handicap en vertu des Chartes canadienne et québécoise, me permet d’évoluer dans un domaine que j’aime et d’aider les autres. N’est-ce pas cela le vrai sens de la vie?   

Je m’appelle Mouhamadou bachirou Dieng.  

Les débuts de mon handicap vocal (bégaiement) n’ont pas été faciles du tout. Mes amis pensaient naturellement que je faisais exprès de bégayer.                                                 

En classe comme dans la cour d’école, il m’était difficile, voire impossible de sortir un mot de ma bouche pour communiquer avec mes camarades. Notre maîtresse tenait, comme par ironie, à ce que je récite des lectures chaque jour, parce qu’elle croyait comme les autres que bégayais par exprès pour éviter de participer en classe.                          

Vouloir nier le bégaiement relevait de l’ineptie. En bon joueur social, j’ai compris l’enjeu de cette situation, qui est de me pousser à dépasser mes limites les plus objectives. Pensons de cette manière! Peut-être que le souci et l’amour de soi dans des situations difficiles permettent de réaliser le potentiel qui nous caractérise davantage.   

J’étais à vrai dire parfois dans l’impossibilité de poser des questions ou bien de répondre à celles de mes professeurs. Mais parce que j’ai toujours considéré l’activité que j’exerce comme une mission, j’ai commencé à entamer un travail de sensibilisation. Une fois adulte, cette volonté de sensibilisation s’est traduite par mon initiative Ambassadeur des handicapés vocaux. Je vous invite d’ailleurs à consulter ma page Facebook « Ambassadeur des handicapés vocaux du Sénégal » au https://www.facebook.com/Ambassadeur-des-handicap%C3%A9s-vocaux-du-S%C3%A9n%C3%A9gal-2418110891744116/?ref=page_internal  

J’aimerais aussi attirer l’attention sur les milliers de jeunes présentant un handicap pour qu’ils croient en eux, qu’ils deviennent des protecteurs et des défenseurs du handicap dans leur communauté.  

La parole est importante, et on peut agir tout en présentant un bégaiement. La conscience dans l’action, l’amour de soi et des autres, la confiance en soi et en les autres, un esprit positif, la reconquête de sa propre légitimité sont des éléments fondamentaux de la communication, bien plus que la fluidité.    

Malgré mon handicap, j’ai toujours été au-devant de la scène médiatique, notamment en participant à plusieurs reportages télévisés, pour défendre la cause des handicapés vocaux. Ne soyons pas complexés, sortons de notre zone de confort et agissons. Il faut que les gens sachent que le bégaiement n’est pas une entrave à la réussite.